Histoire d'une référence

Zenith G.F.J. : la précision devenue inutile, poursuivie quand même

Zenith G.F.J. Calibre 135 · Double Signed with Naoya Hida & Co. · 1949-2025

Dans le sac à dos de Naoya Hida, il y a un cahier qui ne le quitte jamais. Dedans, l'avenir entier de sa maison : chaque montre qu'il dessinera d'ici 2060. Aussi, quand Romain Marietta, directeur des produits de Zenith, pousse la porte de son atelier de Tokyo, Hida a déjà dit oui avant le premier mot. Entre eux, il y avait un calibre, et il suffisait à tout. Le 135.

Le calibre qui valait cinq sacres

Neuchâtel, début des années 1950. Dans le silence d'un laboratoire d'astronomie, on ne mesure pas le temps : on juge les montres. À ce jeu impitoyable, un calibre écrit une page que personne n'égalera, cinq Premiers Prix consécutifs en catégorie montre-bracelet, de 1950 à 1954. Il porte la signature de Zenith et le matricule 135, dessiné par Ephrem Jobin à partir de 1945. Le nom dit ses cotes : treize lignes de diamètre, cinq millimètres de hauteur. Dedans, Jobin loge un balancier de quatorze millimètres, presque la moitié du mouvement, et fait battre l'ensemble à 2,5 hertz. Un cœur lent et large. Sous les mains des chronométriers maison, Charles Fleck et René Gygax, la version concours rafle plus de deux cents distinctions d'observatoire. Puis le quartz arrive, la question de la justesse cesse de se poser, et le 135 s'éteint en 1962.

Un sanctuaire qu'on a brisé

Le réveil tient à un geste sans précédent. Le 2 juin 2022, Zenith confie dix mouvements 135-O d'époque à Kari Voutilainen, qui les restaure et les met au poignet pour la première fois. Le jour même, la décision tombe : on refabrique le 135, entièrement, pour les cent soixante ans de la maison. Restait à tracer la frontière entre ce qu'on améliore et ce qu'on vénère. Les sanctuaires d'abord : les cotes, le grand balancier « dans son jus », les 2,5 hertz, le spiral Breguet, jusqu'à la raquette à double flèche chère à Fleck. Puis les hérésies tranquilles : réserve de marche portée à soixante-douze heures, protection contre les chocs, et surtout un arrêt de la seconde. « À l'époque, le stop-seconde ne faisait pas de sens. Aujourd'hui, les gens veulent pouvoir arrêter leur montre. Ça, c'est un sanctuaire qu'on a brisé. » Le réglage, lui, ne se décrète pas : « On a des régleurs très bons. Mais on n'a plus de Charles Fleck. »

Effacer son étoile

La double signature n'a rien d'une invention : dans les années 1950, les cadrans portaient volontiers un second nom, mais c'était celui d'un détaillant. Zenith en déplace le sens, le second nom sera celui d'un autre horloger. Le programme s'appelle Double Signed et commence par Tokyo. Naoya Hida n'est pas fabricant de mouvements ; son territoire, c'est le cadran, la typographie, la gravure. Le partage est limpide : à Zenith la mécanique, à Hida la surface. Sur un disque d'argent massif, trois chiffres seulement, le 3, le 9, le 12, creusés à la main et emplis de laque bleue. Puis tout se joue par soustraction. Le premier dessin était trop bavard : Hida retire sa ville, Zenith retire son emblème. Dix exemplaires en platine, dans un boîtier de trente-neuf millimètres qui triche un peu, légèrement ovale. Les dix acheteurs, choisis sur une liste de cinquante noms, ont tous dit oui sans avoir vu une seule photographie.

« La beauté du luxe, c'est qu'il est inutile. Et c'est quand c'est inutile que c'est beau. »

Totalement inutile, absolument nécessaire

Alors pourquoi ne pas rallumer les concours d'observatoire ? Marietta balaie la question : parce que c'est perdu d'avance. Depuis 1969, aucune mécanique ne rattrapera l'électronique, et l'industrie entière poursuit, en le sachant, une justesse qui ne sert plus à rien. Au temps du 135, on mesurait la grandeur d'une maison à sa marche ; aujourd'hui, le téléphone du collectionneur est réglé sur l'heure atomique et sa montre n'a plus rien à prouver. Elle n'en est que plus désirable. « C'est une quête vaine. Mais c'est la raison d'être de l'industrie. » Le vieux mouvement bat de nouveau. Dix fois. Pour rien, c'est-à-dire pour l'essentiel.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le calibre Zenith 135 ?
Un mouvement dessiné par Ephrem Jobin à partir de 1945, nommé d'après ses cotes (13 lignes de diamètre, 5 mm de hauteur). Grand balancier de quatorze millimètres, 2,5 Hz. En version concours (135-O), réglé par Charles Fleck et René Gygax, il rafle cinq Premiers Prix consécutifs à l'Observatoire de Neuchâtel (1950-1954) et plus de deux cents distinctions, avant de s'éteindre en 1962 avec l'arrivée du quartz.
Qu'est-ce que la Zenith G.F.J. Double Signed with Naoya Hida ?
Une série de dix pièces en platine (2025) qui relance le calibre 135, cosignée avec l'horloger japonais Naoya Hida : à Zenith la mécanique, à Hida le cadran (argent massif, chiffres gravés à la main, laque bleue). Chacun efface un signe, Hida sa ville, Zenith son étoile.
La laque du cadran est-elle un authentique urushi japonais ?
Le communiqué parle de « laque Urushi ». Interrogé, le directeur des produits de Zenith précise qu'il s'agit d'un urushi synthétique, à base de cajou, le même que Naoya Hida emploie sur ses propres cadrans : le geste et le rendu de l'urushi, sans la sève de l'arbre.

La version longue, en papier

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Cette page donne le récit. Le magazine donne l'enquête complète, les archives reproduites et les photographies originales. Cent seize pages, composées pour le papier.

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