Histoire d'une référence
Hamilton Aqua-Date : une Américaine entièrement suisse
Hamilton Aqua-Date · Super-Compressor, « Hamilton 600 » · 1966-1971
En août 1965, un horloger du Jura bernois referme un fond de boîte gravé d'un casque de plongeur et de deux numéros de brevet. À Lancaster, en Pennsylvanie, un ingénieur Hamilton appose dessus un nom américain. La montre s'appellera Aqua-Date. Elle n'a d'américain que le nom, et c'est peut-être ce qui en fait l'objet le plus honnête de la gamme.
Une Américaine qui ne fabrique plus
Pour comprendre l'Aqua-Date, il faut comprendre ce que Hamilton n'est plus. Fondée en 1892, la maison a régné sur la montre de chemin de fer américaine, livré plus d'un million de montres pendant la guerre, lancé en 1957 la première montre électrique du monde. Mais dès 1956, son patron alertait : les Suisses fabriquent un mouvement pour bien moins cher qu'on n'en produit aux États-Unis. En 1965, passée sous le contrôle d'un fonds d'investissement, Hamilton n'est plus vraiment une manufacture : un conglomérat qui fait des montres parmi d'autres choses, et qui sait qu'il ne peut plus les fabriquer comme avant.
Le boîtier qui travaille avec l'eau
Le cœur de la montre vient de La Neuveville, chez EPSA (Ervin Piquerez S.A.). Son idée, déposée en 1955, est contre-intuitive : au lieu de lutter contre la pression, le boîtier Compressor s'en sert. Un ressort annulaire comprime le fond d'autant plus fort que la profondeur augmente. La pression de l'eau travaille pour l'étanchéité, pas contre elle (brevets CH317537 et CH337462, lisibles sur le fond). La version Super-Compressor ajoute une seconde couronne, à 2 heures, pour la lunette interne : la double couronne godronnée deviendra l'une des silhouettes des années 1960.
Dress diver
Là où Wittnauer, Bulova ou Benrus signent des cadrans noirs d'outil, la Hamilton 600 prend le contre-pied : cadran argenté, index d'acier poli, lunette interne noire qui tranche. « Everything looks bigger in white », résume Fratello. En 36 mm, c'est une plongeuse qui accepte de ne pas le crier. Soixante ans de tritium ont fait le reste : chaque cadran a viré au miel, transformant une montre de série en pièce singulière.
Elle n'a d'américaine que son nom
Boîtier jurassien, calibre ETA de Granges, mention « Hamilton Watch Co. Swiss » au dos : une société américaine, pressée par ses actionnaires, commande à la Suisse son meilleur boîtier et le vend sous un nom de chemins de fer pennsylvaniens. De cette chaîne de compromis est née une montre qui fonctionne encore, soixante ans plus tard. L'Aqua-Date est à la fois la preuve de la capitulation de Hamilton devant l'horlogerie suisse, et l'une des plus belles pièces qu'elle ait assemblées.